De l’Utilité du Bio dans la CosmétiqueDans le milieu de la Bio – celui de la terre, de l’humus, des semences – s’occuper de cosmétique peut paraître assezfutile. C’est vrai quand la cosmétique nous renvoie à ces images de femmes et d’hommes très apprêtés, pomponnés, presque rutilants, de certains milieux huppés où apparence et statut se rejoignent… Mais la cosmétique, c’est autre chose, et en tout cas une affaire trop sérieuse pour s’abandonner aux seuls adeptes du bling-bling, et à leur insatiablespourvoyeurs, les industriels de la beauté et du marketing. Nature et Progrès– Sep/Oct.2009 N°74 Nos basiques achats de savons, shampoings et autres dentifrices nous transforment tous ,inévitablement , en consommateurs de cosmétiques. Or, contrairement à ce que laisse entendre la législation, ces produits-là peuvent avoir un impact sur notre santé et sur l’environnement ? Personne n’en est plus dupe : est-ce la raison de l’engouement récent du public pour la cosmétique biologique ? Contrairement aux médicaments qui doivent passer par les fourches caudines de l’Autorisation de Mise sur le Marché (AAM) pour arriver dans les pharmacies – et, c’est le moins - , les cosmétiques n’ont pas à respecter toutes ces formalités pour parvenir jusqu’à nos salles de bain. Censément, leurs effets s’arrêtent aux frontières de notre épiderme, d’où la légèreté avec laquelle la législation les traite. Ca, c’est dans le principe. A l’ instar du nuage de Tchernobyl on sait ce qu’il en est de la réalité… Ainsi, même si loi l’a décrété, notre peau n’est pas la barrière étanche. Fort heureusement, elle respire par tous les pores, de sorte que chaque matière entrant en contact avec elle provoque un échange entraînant, à l’un ou l’autre bout du processus, une réaction ! Le fait d’avoir voulu ignorer ce dialogue d’une substance avec notre peau d’abord, puis avec notre organisme ensuite, est typique du monde des apparences si cher aux occidentaux et de la vision réductrice conventionnelle dans laquelle baigne notre industrieuse société. En poussant la caricature, notre peau se retrouve un peu traitée, par l’industrie cosmétique, comme le sol par l’agro-industrie ; il était temps de voir débarquer l’ère biologique avec sa vision globale !! Concernant l’usage des produits chimiques de synthèse, le parallèle est frappant : dans ces deux secteurs, tout a été fait et n ‘importe quoi, sans aucune expertise sérieuse des conséquences pour notre santé et celle de la terre… D’ailleurs, sur les quelques 100 000 substances (1) chimiques utilisées dans l’industrie, une infime partie (3% !) a fait l’objet d’une évaluation digne de ce nom. Si le règlement REACH (2), en application depuis mai 2007, tente péniblement d’endiguer le déferlement de toutes ces molécules nocives et d’encadrer leur remplacement progressif, n’importe quel toxico chimiste vous dira que l’une des plus grave conséquences de cette invasion réside dans l’effet cocktail – inconnu et absolument pas maîtrisable – de ces substances entre elles. Vaste et impossible chantier ! En attendant, côté cosmétiques, c’est surréaliste : « Une goutte de diethylhexylphtalate, une once de nonylphénol, un peu d’hydrocarbure aromatique polycyclique et un soupçon de musc synthétique » … cet inquiétant recueil de produits (voir encadré) figure en introduction du guide Cosmétox de Greenpeace (3), par qui le scandale de la cosmétique empoisonnée éclata début 2005, avec le lancement de l’enquête « Parfum de scandale » révélant la nocivité de certaines eaux de toilette parmi les plus réputées (4). Aujourd’hui encore, Cosmetox reste une lecture très instructive pour bien cerner de que l’on peut ou non mettre sur notre peau … Ce guide pointe utilement les grands du secteur qui ne veulent pas modifier leurs toxiques pratiques. Il invite aussi les consommateurs ) écrire aux firmes pour signaler leur mécontentement concernant la présence de produits nuisibles dans leurs lotions, crèmes et laits de toilette préférés. L’initiative pousse semble-t-il les industriels à être plus attentifs, sûrement pas par altruisme mais plutôt parce que le marché de la cosmétique, malgré le temps de crise, est florissant et donc sensible pour ne pas dire chatouilleux. Petite devinette : 110,3 Milliards d’€, que représente ce chiffre ? Oui, c’est à peu près le Produit National Brut (BNP) du Soudan et de ses 40 Millions d’habitants… mais là n’est pas le propos. Pour en revenir à notre sujet c »est le poids du marché mondial de la cosmétique (5), dont l’Europe à hauteur de 60 Milliards. Cela laisse rêveur, surtout que ce chiffre est une estimation qui ne comptabilise pas… le savon ! Or, le numéro 1 mondial de la cosmétique est français, il s »agit de l’Oréal dont le chiffre d’affaires annuel est se monte à quelque 17 Milliards d’€ (6) . Si la face biologique du secteur ne concerne que 2 % de ce marché, les appétits se précisent quand on apprend que cette niche croît en Europe d’environ de 30 à 40 % par an depuis ces dernières années… La cosmétique naturelle et biologique a le vent en poupe. C’est une bonne raison pour garder un œil vigilant sur les bornes pratiques de ceux qui s’en revendiquent… Notes : 1 – 100 196 substances existantes selon l’EINECS, l’European Inventory of Existing Chemical Substances Sources Afset, Juillet 2006. 2 – REACH : Euregistrement évaluation et autorisation des produits chimiques – en anglais - :Registration, evaluation and autorisation of chemicals (REACH) 3 – Guide Cosmetox, Greenpeace 2007, téléchargement sur leur site : www.greenpeace.org 4 – 10 fév 2005 : Greenpeace rend publique l’étude « Parfum de scandale » sur la composition chimique de 36 eaux de toilette et parfums de marque. Tous contiennent des phtalates et des muscs de synthèse. Auparavant, en 2001, Rita Stiens avait « préparé le terrain » en publiant « La vérité sur les cosmétiques » chez J.M.Laffont. 5 – Hors savons, dentifrices et rasoirs, 2008. Source : Estimations l’Oréal en prix fabricant. 6 – Source l’Oréal. Document « Présentation du Groupe »/faits et chiffres. 7 – Etude Eurostaf Juillet 2008. Pour creuser le sujet : La revue durable n°32 (dec. 2008 – janvier/fev. 2009) www.larevuedurable.com Son dossier « Biens de consommation et chimie : privilégier les filières saines » est d’une rare facture. Un gros travail d’enquête et de référencement avec notamment un tableau des substances chimiques à éviter. Le site interactif « le flacon » : http://leflacon.free.fr Un peu difficile d’utilisation pour les non initiés (au début), ce site est une mine d’information sur tous les composants des cosmétiques. La fonction « recherche d’ingrédients » vous permet d’évaluer le degré de toxicité de la formulation de votre déodorant ou shampoing préféré : à tester. Et si d’ici là vous n’avez pas adopté la cosmétique biologique, c’est sur, vous y viendrez !! NUISIBLES… Mais encore présents dans les cosmétiques !! Composés Organiques Volatiles (COV) : Ils ont un impact direct sur la santé, sont considérés comme cancérigènes et allergisants. Parmi ceux employés en cosmétique, on trouve notamment les formaldéhydes, utilisés comme conservateurs et dont une récente étude montre que l’exposition pourrait induire des irritations des yeux, du nez et de la gorge ; parmi les COV fréquents en cosmétique, on trouve les éthers de glycol, et principalement le phénoxyéthanol présent à l’état naturel dans le thé vert et la chicorée. Ce conservateur sert aussi comme solvant, notamment pour les parabènes .Le phénoxyéthanol est un allergène reconnu, dont l’usage est restreint en Europe : concentration maximale autorisée (comme conservateur) : 1% Paranènes (ou Parabens / Paraoxybenzoates) : Bien qu’ils soient soupçonnés d’être des perturbateurs endocriniens, les parabènes sont des conservateurs couramment utilisés en cosmétiques. Ils sont efficaces contre un large éventail de bactéries et de champignons. Fabriqués à partir de l’acide benzoïque, ils sont connus pour leur pouvoir allergène provoquant des réactions cutanées. L’Europe limite leur usage à 0,4% de la composition du produit (par parabène) et à ,8% maximum en masse d’ester. Triclosan : C’est un composé chloré, un antibactérien à large spectre. Encore un conservateur ! On le soupçonne de rendre les bactéries résistantes aux antibiotiques et d’être un perturbateur endocrinien. Photosensibilisant, son usage est déconseillé pour les produits du visage. On trouve dans certains déodorants, parfums et dentifrices. En Europe, sa concentration maximale autorisée est de 0,3%. |
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